Le jour de sim’hat torah et de l’annulation du mauvais penchant
Rabbi David Hanania Pinto
Que les juifs se réjouissent et que ceux qui étudient soient dans l’allégresse le jour de Sim’hat Torah, car en ce jour il est possible de matérialiser la joie. Alors, tout juif, qu’il soit talmid ‘hakham ou un simple juif qui observe la Torah, peut participer à cette joie de toute sa puissance.
Cette joie éveille en tout homme l’amour de la Torah et la crainte du Ciel, et chacun peut ajouter à sa Torah à partir de ce jour-là, en fonction de ses possibilités.
Nous devons réfléchir à plusieurs choses. Quel est le rapport entre le jour de Sim’hat Torah et Chemini Atséret avec Soukot et les fêtes qui précèdent ? Ce nom même, Chemini Atséret, indique qu’il y a un rapport, alors quel est-il ?
Il faut encore comprendre pourquoi c’est justement ce jour-là qu’on fête Sim’hat Torah, et non à Chavouot, qui est vraiment le moment du don de la Torah. Ici, à Sim’hat Torah, nous disons dans le prière « le moment de notre joie », qui est le prolongement de la fête de Soukot, alors qu’à Chavouot nous disons « le moment du don de notre Torah », donc il aurait paru meilleur de fêter Sim’hat Torah à Chavouot, et non maintenant.
Essayons de l’expliquer. Les mots « ‘Hag Atséret » ont la même valeur numérique que « Ets HaTorah » (l’arbre de la Torah). Cela indique que l’homme doit être attaché à la Torah qui est comme un arbre, c’est-à-dire qu’il faut grimper à l’arbre de la Torah en se donnant du mal, en particulier pour un grand arbre, monter sans cesse pour s’élever, ne pas rester sous l’arbre mais y monter.
De plus, il faut tout faire de façon désintéressée, car le mot « ilan » (arbre) a la valeur numérique de 91, comme deux fois les noms Hachem-Adnout. Il faut toujours tout faire pour unir D. et la Chekhina, sans regarder les épreuves et les obstacles, mais grimper et s’élever.
Si l’on se conduit ainsi, en prenant de la peine, on réussira vraiment à monter et on ne restera pas sous l’arbre. On doit s’imaginer que quelqu’un vous poursuit pour vous tuer. Il s’agit du mauvais penchant qui essaie de faire fauter l’homme, alors si l’on se met à courir rapidement et à grimper à l’arbre de la Torah, qui est l’arbre de vie (Michlei 3, 18), on sera immédiatement sauvé du mauvais penchant et on le vaincra.
Mais arriver à un tel niveau n’est possible qu’après la fête de Soukot, car la souka est une allusion à l’humilité et à l’effacement de soi. C’est ce que signifient les libations d’eau à Soukot, l’eau représentant la Torah (Bava Kama 17a).
C’est une allusion à l’humilité, parce que la Torah ne se maintient que chez celui qui s’abaisse, comme l’eau qui va vers un endroit plus bas (Ta’anit 7a). A Soukot, comme on le sait, on puisait l’esprit saint (Yérouchalmi Souka 5, 1), ainsi qu’il est dit (Yéchayah 12, 3) : « Puisez de l’eau dans l’allégresse ».
Par conséquent, lorsque l’homme s’élève pendant les sept jours de la fête, il fait de grands préparatifs pour le huitième jour, qui est au-dessus de la nature, et qui est le jour de Sim’hat Torah, fête séparée d’une très grande sainteté. La préparation s’est faite pendant tous les jours de la fête.
De la même façon, on se prépare au Chabat pendant tous les jours de la semaine, et tous les jours les léviïm disaient
« premier jour du Chabat, deuxième jour du Chabat » (Roch Hachana 31a). Ici aussi, à Sim’hat Torah, qui est une fête indépendante (Roch Hachana 4b, Zohar 3, 104b), on atteint le summum de la joie de la fête de Soukot, et alors la joie est parfaite. C’est pourquoi alors on se réjouit de la Torah et on danse avec le séfer Torah.
On peut ajouter de façon allusive que le mot « souka » est formé des lettres « vav hé sakh ». Les lettres « vav hé » avec le mot « ‘hag » (fête) (la fête d’Atséret) ont la valeur de vingt-deux, ce qui représente les vingt-deux lettres de la Torah, et les lettres « sakh » sont une allusion à l’esprit saint et à la Chekhina, comme l’ont dit les Sages (Méguila 14a) : Sarah s’appelait Yska, car elle voyait (sokha) par l’esprit saint. C’est l’esprit saint qui repose sur l’homme à Soukot et à Sim’hat Torah.
La nature de la fête – Chemini Atséret
Cela nous permet de comprendre pourquoi cette fête porte le nom de « Chemini » (littéralement : huitième). C’est comme l’homme qui entre dans l’alliance le huitième jour après sa naissance, le jour de la circoncision, de même le huitième jour de l’inauguration, la Chekhina est apparue aux bnei Israël (Vayikra 9, 23).
Cela représente la force, ainsi qu’il est écrit (Téhilim 90, 10) : « S’il est vigoureux (guevourot), quatre-vingts ans ». On sait que le « huit » est au-dessus de la nature. C’est la même chose ici. Une fois qu’on s’est élevé pendant les sept jours de la fête, on arrive au niveau supérieur du huit, au-dessus de ce qui peut se compter, et on atteint les secrets de la Torah.
Alors on s’appelle « arrêté » (atsour), arrêté devant Hachem (I Chemouël 21, 8), car on est relié et fermement attaché à Hachem par la force de la Torah, en s’annulant et en s’effaçant. C’est cela la force, être comme un héros devant Hachem en s’élevant dans la Torah, et annuler le mauvais penchant.
Pour cette raison, nous disons dans la prière « Chemini Atséret cette fête », et non « la fête de Chemini Atséret », ou « la fête d’Atséret ». C’est-à-dire qu’on évoque immédiatement « Chemini », parce qu’il est nécessaire de la relier avec les sept jours de Soukot, après lesquels vient la fête d’Atséret.
De plus, Hachem nous a montré une grande bonté dans le fait que le jour qui précède soit le septième jour, le jour de Hochana Rabba, qui nous permet d’arriver jusqu’au huitième jour. En effet, le septième jour est comme on le sait celui de la mida de malkhout (Tikounei Zohar), qui est la septième mida, chez les ouchpizim cela corres-pond à David, et c’est propice à amener le Machia’h.
La valeur numérique de « Hochana » (avec le mot lui-même) est la même que celle de « Eliahou VéHaMachia’h ». La Torah s’appelle « malkhout » (royaume) (Zohar III, 268a), c’est pourquoi à Hochana Rabba on dit toutes les hochanot, pour se préparer à Chemini Atséret.
Il est donc merveilleux de relier le septième jour, qui est malkhout, avec le huitième, qui est au-dessus des lois de la nature et qui est la Torah, et aussi malkhout. C’est pourquoi Hachem dit aux bnei Israël : « Restez avec Moi encore un jour » (Rachi Emor 23, 36, voir Souka 55b), pour que vous revêtiez la couronne de la Torah, alors la joie sera complète, et il n’y a pas de bonheur plus grand que cela. Tout cela après les préparatifs de tout le mois d’Elloul, et du mois de Tichri, pour arriver à l’essentiel, qui est Sim’hat Torah, afin de revêtir la couronne de la royauté.
On connaît déjà la grandeur de ce jour, qui a la force d’affaiblir le mauvais penchant, grâce à la Torah qui en est l’antidote (Kiddouchin 30b).
Par allusion, on peut dire que les initiales de Sim’hat Torah forment le mot « tach » (affaiblir), car la Torah affaiblit aussi les forces de l’homme (Sanhédrin 26b). Peut-être que cela signifie affaiblir la force du mauvais penchant qui est en l’homme, par la joie de la Torah. Et quand il n’y a pas « tach », qui affaiblit le mauvais penchant, il reste dans les lettres de Sim’hat Torah les lettres « ‘hemat » « véhar », qui font également allusion au mauvais penchant qui s’appelle « har » (montagne, cf. Souka 52a), qui veut se remplir de « h’ema » (colère) contre l’homme.
Et s’il n’y a pas de joie, alors le mauvais penchant est le plus fort, car ce qui est grave est « parce que tu n’as pas servi Hachem ton D. dans la joie » (Devarim 28, 47), et il accuse. Mais à Sim’hat Torah, quand on enlace et qu’on embrasse le séfer Torah, et qu’on danse avec lui dans la joie, la force du mauvais penchant s’affaiblit certainement.
Tout cela demande une grande préparation, c’est seulement ainsi que le mauvais penchant sera sous la domination de l’homme. Il ne convient pas qu’il danse avec la Torah tout en étant dominé par le yetser, car c’est une contradiction.
Il y a plus. Pendant cette fête, il y a beaucoup de frais et beaucoup de tsedaka à donner. C’est une grande épreuve. Mais tout cela sert à vaincre les forces de l’impureté, car grâce à cet argent on peut arriver à un niveau supérieur d’amour de la Torah et de bonnes actions, comme il sera expliqué plus loin.
C’était cela la force de notre père Ya’akov, qui a réussi de cette façon à enlever le couvercle du puits comme un bouchon (Béréchit Rabba 70, 12). Chacun peut profiter de la force de notre père Ya’akov, et enlever le mauvais penchant de notre cœur comme un bouchon.
CHEMIRAT HALACHONE
Même son père ou son Rav
Il n’y a pas de différence dans l’interdiction de raconter des médisances, si on le raconte spontanément et volontairement, ou si quelqu’un d’autre a compris un peu de lui-même et vous pousse à lui raconter ce qu’Untel a dit sur Untel à son propos. Même si c’est son père ou son Rav qui supplie qu’on lui raconte ce qu’a dit Untel à Untel sur lui, et même si c’est seulement de la « poussière de médisance », c’est tout de même interdit.
(‘Hafets ‘Haïm)
A la source
« A Yéhouda, il dit : écoute, Hachem, la voix de Yéhouda » (33, 7)
La signification du fait que la bénédiction de Yéhouda est juxtaposée à celle de Réouven, ce qui ne suit pas l’ordre de leur naissance, est expliquée ainsi par Rachi : « Moché a dit : Grâce à qui Réouven a-t-il reconnu sa faute ? Grâce à Yéhouda. »
Mais les commentateurs de la Torah traitent ici d’une question assez étonnante : en effet, Réouven s’est repenti encore avant l’histoire de Ta-mar ! En effet, au moment de la vente de Yossef, sur le verset « Réouven retourna vers le puits » (37, 29), Rachi dit : « Il était occupé à porter le deuil et à jeûner pour avoir dérangé le lit de son père ».
Le Admor Rabbi Avraham Mordekhaï de Gour zatsal explique qu’au début, Réouven pensait que l’essentiel de la techouva s’exprimait par le jeûne et les mortifications, « porter le deuil et jeûner », que pratiquaient Réouven pour réparer sa faute. Mais il a appris de Yéhouda que l’essentiel dans la techouva est de reconnaître sa faute, ce qui exprime une soumission intérieure et un cœur brisé, dont la grandeur dépasse de beaucoup le jeûne et les mortifications. Ainsi que le disent les Sages (Ta’anit 16a) : « Ce n’est pas le cilice et le jeûne qui sont efficaces, mais la techouva et les bonnes actions. » C’est ce que veut dire Rachi : « Grâce à qui Réouven a-t-il reconnu sa faute ? Grâce à Yéhouda. »
« Qui dit de son père et de sa mère : je ne les ai pas vus, qui ne tient pas compte de ses frères et qui ne connaît pas ses enfants » (33, 9)
Rabbi Israël Méïr HaCohen zatsal dit dans son livre ‘Hafets ‘Haïm que quelqu’un qui cherche à s’améliorer et à changer de conduite ne se laisse pas entraîner par ses proches quand ils essayent de l’attirer dans de mauvaises voies, qui vont à l’encontre de la volonté de Hachem. Il est certain que Hachem le bénit et qu’en haut, on se souviendra de lui en bonne part. De même, il méritera d’être compté parmi ceux dont il est dit : « Ils enseignent Tes lois à Ya’akov ».
On doit toujours se rappeler les paroles du Rambam sur la techouva, selon lesquelles on ne doit tenir compte ni de ses enfants ni de sa famille en ce qui concerne quelque chose qui va à l’encontre de la loi. La loi de Hachem, qui nous a été donnée par notre Père du Ciel, est extrêmement grande et importante, le devoir de l’observer passe avant toute autre chose, et il n’y a rien d’autre qui soit aussi important qu’« une crainte du Ciel pure – qui endure à jamais ».
« Réjouis-toi, Zevouloun, dans tes sorties, et Issakhar dans tes tentes » (33, 18)
Le Yalkout (parachat Réeh) dit que quiconque mérite de soutenir un talmid ‘hakham financièrement pour qu’il puisse étudier la Torah, dans le monde à venir, même s’il est lui-même un ignorant, méritera d’apprendre la Torah en compagnie des tsaddikim.
A la lumière de cela, le livre « Yisma’h Israël » explique ce que dit le verset « Réjouis-toi, Zevouloun, dans tes sorties », c’est-à-dire réjouis toi lorsque tu sors pour aider Issakhar à étudier la Torah, car « et Issakhar dans tes tentes », c’est-à-dire que tout ce qu’Issakhar étudie sera pour ainsi dire dans tes tentes. En effet, toi aussi tu étudieras la Torah dans l’avenir, par le mérite de l’avoir soutenu.
« Il se campe comme un lion et déchire le bras et la tête » (33, 20)
« On reconnaissait ceux qu’ils tuaient par le fait que la tête était coupée jusqu’au bras en un seul coup » (Rachi).
Qu’importe comment ils tuaient leurs ennemis, d’un seul coup ou de plusieurs, qu’est-ce que cela vient nous enseigner ?
Le gaon de Vilna signale que selon la Guemara dit (Sota 44a), celui qui parle entre les tefilin du bras et ceux de la tête a commis une faute, suffisante à justifier de rester à l’arrière pendant la guerre. C’est pourquoi le verset fait ici l’éloge de la tribu de Gad, qui avait atteint un tel niveau que ses membres ne commettaient même pas une faute consistant en quelques paroles entre les tefilin du bras et ceux de la tête.
C’est pourquoi ils avaient reçu leur récompense mesure pour mesure, ils tuaient leurs ennemis en leur coupant la tête et le bras d’un seul coup, sans interruption.
Il est également dit à leur propos : « Gad sera assailli d’ennemis, mais il les assaillira à son tour », ils revenaient tous de la guerre, le même nombre de personnes qui y étaient parties. Il n’y avait personne parmi eux qui devait revenir à l’arrière, parce qu’ils n’avaient pas commis la moindre faute.
Une torah de vie
Combien de lettres y a-t-il dans la torah ?
Les commentateurs ont expliqué les lettres du mot Israël comme l’acrostiche de la phrase célèbre : « Yesh Chichim Ribo Otiot Latorah », il y a six cent mille lettres dans la Torah. Ils indiquent pour source de cette affirmation le livre du kabbaliste Rabbi Nathan Shapira zatsal
« Megalé Amoukot », où l’on trouve : « L’âme de tout juif a une des six cent mille lettres de la Torah. Et « Israël » est l’acrostiche de « Yesh Chichim Ribo Otiot Latorah » ».
Rabbi Nathan Shapira cite ce que dit le Zohar (Zohar ‘Hadach, Chir HaChirim) : « Les lettres sont au nombre de six cent mille, comme les tribus d’Israël, qui sont douze et atteignent six cent mille personnes. Il en va de même des lettres, quand elles sont pleines elles atteignent six cent mille. »
On trouve une idée semblable dans le livre « Keter Chem Tov » du saint Ba’al Chem Tov, sur le verset « Quand tu dénombreras les bnei Israël (ki tissa ett roch bnei Israël) selon leur compte ». Quand tu dénombreras, quand tu voudras compter, ett, initiales de « Otiot Torah », les lettres de la Torah, roch, initiales de chichim ribo otiot, six cent mille lettres. Et c’est cela le compte des bnei Israël.
304.805 lettres
Est-il bien exact qu’il y ait six cent mille lettres dans la Torah ?
Cette question a beaucoup été discutée, et les plus grands et les plus intelligents en Israël, les sages et les scribes, ont donné le détail du nombre des lettres de la Torah, sans parvenir à ce chiffre de six cent mille. Voici ce que dit le livre « Michnat Avraham » : « Tous les livres des A’haronim ont compté et conclu que le nombre des lettres de la Torah est de 304.805. Il est admis aujourd’hui que le nombre exact des lettres de la Torah est de 304.805 lettres. Le « Pnei Yéhochoua » s’étonne de ce mystère, et propose une façon originale de comprendre ce dont il s’agit : « Chacune des lettres de la Torah a deux aspects de sainteté, ce qui concerne l’écriture, et ce qui concerne la lecture.
D. a dit une seule chose, et j’en ai entendu deux. Certains disent que l’écriture est la plus importante, d’autres disent que c’est la lecture –
D. a dit une seule chose, et j’en ai entendu deux. »
D’après ce calcul, il faut compter chaque lettre deux fois, la lettre elle-même et la lettre d’après sa vocalisation et sa prononciation. De cette façon, on arrive au nombre de six cent mille. Malgré tout, les lettres qu’on ne prononce pas ne sont pas prises en considération, c’est pourquoi le compte n’est pas exactement le double. Ainsi en fin de compte, le nombre final est de six cent mille.
Dans le livre « Likoutei Torah », le Ba’al HaTanya, Rabbi Schneor Zalman zatsal, écrit : « Les six cent mille âmes sont les six cent mille lettres de la Torah. » Même si dans ce qui est écrit on ne trouve pas six cent mille lettres dans la Torah, c’est parce que les lettres aleph, hé, vav, youd (vocalisantes) sont remplacées par des points et se trouvent uniquement dans la pensée. »
Cela signifie que dans ce compte, les points viennent à la place de lettres, par exemple le pata’h vient à la place du aleph, le tseiré et le ‘hirik à la place du youd, le ‘holam et le chourouk à la place du vav. Quand on ajoute les lettres qui auraient dû être là à la place des points au nombre de lettres effectivement écrites, on obtient six cent mille.
Une autre explication des paroles des Sages selon lesquelles il y a six cent mille lettres dans la Torah est donnée dans plusieurs ouvrages. En effet, il y a plusieurs lettres que leur forme permet de diviser en deux ou trois lettres, par exemple le aleph est formé d’un vav et de deux youd, le beit ressemble à un vav à l’intérieur d’un vav. De cette façon, on peut compter de nombreuses lettres supplémentaires, dont le total atteint six cent mille.
La question reste ouverte
Un autre calcul passionnant pour arriver au compte de six cent mille lettres est évoqué dans les écrits du kabbaliste Rabbi Avraham Azoulay zatsal. Voici ce qu’il écrit dans « ‘Hessed LeAvraham » :
« J’ai trouvé dans un livre ancien que les lettres de la Torah ne sont pas plus de trois cents mille. Quand on parle de six cent mille, il s’agit du compte des lettres de l’alphabet, y compris les lettres finales, et non des lettres de la Torah, chaque lettre étant écrite avec les lettres nécessaires à la prononcer, plus les lettres de prononciation intérieure de ces dernières. Par exemple, le aleph comporte : aleph, lamed et peh, ce qui fait en tout douze lettres pour l’intérieur du aleph. Et le compte de la lettre peh finale est de huit cent, alors que le peh à l’intérieur d’un mot comporte quatre-vingt lettres. Quand on compte les douze lettres, cela fait 1818, et ainsi de suite pour toutes les autres lettres de l’alphabet.
Le petit-fils du « ‘Hessed LeAvraham », qui est le ‘Hida zatsal, nous fait participer à ses réflexions sur ce compte de son aïeul, et il raconte : « Il y a longtemps, le Rav Chaoul Segal, Av Beit Din de La Haye, m’a dit qu’il s’efforçait de comprendre ce calcul sans y parvenir. Moi-même, je me suis donné du mal dans des quantités de calculs, et je n’ai pas trouvé de satisfaction. Après beaucoup de recherches, j’ai découvert le livre « ‘Hessed LeAvraham » en manuscrit, et là on voit qu’il y a plusieurs erreurs dans la version imprimée. J’y ai vu qu’à la fin, il écrit « tsarikh iyoun » (la question reste ouverte) au lieu de « dok » (après de légères vérifications). Ensuite, mon grand-père lui-même a répété ce que disent certains kabbalistes, il n’a pas réussi à faire le calcul, et il a écrit « la question reste ouverte ».
Ne fermons pas le sujet avant d’avoir cité ce que dit le « Megalé Amoukot » zatsal, que nous avons cité en tête de cet article. Il faut indiquer que le Rav Shapira lui-même signale que le compte n’est pas tout à fait exact, mais un peu supérieur. Voici ce qu’il dit :
« Il s’agit d’un grand mystère, qu’il convient de cacher (haster davar). Je voudrais dire qu’il y a dans la Torah « tr » (six cent) mille lettres, plus « sh » (soixante-cinq), qui sont en plus des six cent mille. Ce mystère se trouve évoqué dans le mot « haster », dont la valeur numérique nous dit : soixante-cinq en plus des six cent mille.
Combien de coutures as-tu faites aujourd’hui ?
Le ‘Hida raconte dans « Chem HaGuedolim » qu’il a trouvé un manuscrit sur Rav Saadia Gaon disant qu’il a écrit un poème corres-pondant au nombre de lettres de la Torah, de aleph jusqu’à tav :
« Par plaisanterie, le gaon Rabbeinou Saadia a demandé à un tailleur qui venait chez lui : « Combien de coutures as-tu faites aujourd’hui ? » Le tailleur a répondu : « Que le Rav me dise combien de lettres il y a dans la Torah ! » Le gaon a beaucoup regretté, car dans sa vie, c’était la seule fois où il n’avait pas su répondre. Il en a été chagriné pendant quelques jours, sans arriver à faire le compte, jusqu’à ce qu’il invoque le Tétragramme, alors un ange est venu le lui révéler, et il s’est beaucoup réjoui. »
Sujets d’actualité
La coutume des hakafot a sim’hat torah
« Au moment des hakafot, avait l’habitude de dire le tsadik Rabbi Méïr de Primeshlan zatsal, il est possible d’annuler un mauvais décret.
» C’est ainsi que le tsadik s’exprimait sur la grande puissance des ha-kafot autour des sifrei Torah le jour de Sim’hat Torah. « La coutume de faire sortir les rouleaux de la Torah du heikhal et de tourner autour de l’estrade avec eux, à cha’harit, min’ha et aravit, et à la sortie de la fête, dit Rabbi ‘Haïm Vital dans « Cha’ar Hakavanot », renferme une vérité. Elle est déjà évoquée dans le Zohar, et j’ai vu que mon maître [à savoir le Ari zal] faisait très attention à tourner autour du séfer Torah, devant lui ou derrière lui, et à danser et chanter devant lui de toutes ses forces. Il faisait méticuleusement sept hakafot entières, en plus de celle du jour de Sim’hat Torah. »
Dans la suite de ses propos, Rabbi ‘Haïm Vital raconte que la cou-tume des hakafot était très chère au Ari Zal : « Il marchait devant les sifrei Torah et les entourait en dansant et en chantant, avec une grande joie, de toutes ses forces. » De plus, il allait de synagogue en synagogue pour accomplir cette mitsva. Ce n’est pas pour rien qu’on a témoigné sur lui que le niveau supérieur qu’il a atteint était dû au mérite de se réjouir de toutes ses forces de la « joie de la mitsva ».
Le ‘Hida évoque ce que dit Rav ‘Haïm Vital dans son livre « Le-David Emet » : « Dans le Séfet HaKavanot, il est écrit de faire des hakafot à cha’harit et min’ha de la fête, et le soir après la fête. J’ai vu que le grand kabbaliste Rav Charabi tournait avec le séfer Torah avec sa communauté après aravit de Sim’hat Torah, avant moussaf, à min’ha, la nuit après la fête, et il disait que cela comportait de grands mystères.
De même, on raconte également que le gaon de Vilna marchait devant le séfer Torah avec beaucoup de joie et d’allégresse, la sagesse illuminant son visage comme une torche embrasée, en tapant des mains et en chantant de toutes ses forces.
L’auteur de « Yessod Véchorech HaAvoda » dit que quiconque donne de l’importance à ce jour, il lui est promis que la Torah res-tera toujours parmi sa descendance. Chez les ‘hassidim de Rojin et de Sadigora, on dit par tradition qu’au moment des hakafot, on fait monter tous les sifrei Torah jusque devant le trône de gloire, et ils l’entourent et plaident en faveur du peuple d’Israël.
Les petits en tête
Il y a de nombreuses coutumes liées aux hakafot. Rabbi Yi’hiya Kapa’h, auteur de « Halikhot Teiman », fait remarquer qu’au Yémen, le nombre des hakafot atteint plus de vingt. Au moment des danses, on fait entrer les petits enfants en tête à la synagogue, à partir de l’âge de six mois.
En général, la coutume était de faire sortir tous les sifrei Torah, et pendant la semaine on laisse une lumière qui brûle dans le heikhal, mais il y a des synagogues où l’on ne sort que dix-huit sifrei Torah, ou vingt-six, valeur numérique du Tétragramme.
Le ‘Hida détaille dans son livre « Avodat Hakodech » le dé-roulement des hakafot, et signale une coutume particulière : « Au début, on dépose les sifrei Torah sur la bima, et quelqu’un de très pieux les tient en main pendant tout le temps des hakafot. C’est la tradition qui vient du grand kabbaliste Rav Charabi zatsal, qui y veillait. » En général, pour les premières hakafot on laissait l’hon-neur à un Rav et aux gens les plus importants de la communauté, et les autres fidèles participaient plus tard. On respectait beau-coup ceux qui faisaient les hakafot. On embrassait les sifrei Torah qui étaient portés par ceux qui tournaient autour de l’estrade, et toute la communauté se joignait. Pour faire participer les jeunes,
on permettait aux jeunes garçons à partir de l’âge de treize ans de porter les sifrei Torah au moment des hakafot, sous la surveillance de leurs parents. Mais en plusieurs endroits, on ne leur permettait de porter que les livres des Prophètes écrits sur parchemin sous forme de rouleaux, et c’est avec eux qu’ils participaient aux hakafot en l’honneur de la Torah.
Dans les communautés orientales, on avait l’habitude de lancer sur ceux qui tournaient des friandises et des gâteaux. Mais Rabbi ‘Haïm Falagi, le Rav des grandes communautés d’Izmir, a annulé cette coutume en disant : « de peur qu’on ne donne un coup dans l’œil de l’autre et qu’on l’aveugle ». L’ouvrage « Choul’han HaKeria » cite la coutume en usage à Vilna selon laquelle « l’un des dignitaires de la communauté porte un vêtement d’honneur comme on en portait autrefois et un magnifique chapeau, et il passe à la tête de ceux qui font les hakafot. »
Un signe pour l’avenir
Rabbi ‘Haïm Falagi raconte que certaines communautés avaient l’habitude de repousser les hakafot du jour de Sim’hat Torah au Chabat Béréchit, ceci pour éviter des dissensions dans la commu-nauté. Voici ce qu’il raconte dans son livre « Moed Lekhol ‘Haï » :
« Il y a des synagogues qui ne font pas de hakafot le soir de Sim’hat Torah, parce qu’ils en viennent à se disputer pour les rouleaux. C’est pourquoi ils les font pendant le Chabat Béréchit. C’est la coutume des communautés du Portugal à Ibizza, qui font les hakafot pendant le Chabat Béréchit depuis longtemps, et maintenant on fait la même chose dans les autres synagogues.
Le Rav Falagi lui-même n’est pas d’accord sur cette coutume de retarder les hakafot, et il propose qu’on ne les fasse qu’autour d’un seul séfer Torah, et que celui qui les fait soit le trésorier ou l’un des ‘hatanim. Ou que l’on vende les hakafot aux enchères.
Parmi les coutumes que les sages n’appréciaient pas, il faut aussi évoquer celle qui est citée par le Rav Avraham ‘Haï Adati, dans son livre « Vayikra Avraham », comme faisant partie de celles qu’il vau-drait mieux annuler : « Dans le village de Masslata, qui est à trois jours de la ville de Tripoli, on sonne le chofar à chaque hakafa le jour de Sim’hat Torah. »
Faire tomber les barrières
A un niveau plus profond d’intériorité de la Torah, Rabbeinou Be’hayé écrit dans « Kad HaKema’h » sur le sens des hakafot : « La hakafa que nous pratiquons à notre époque est un signe pour l’avenir que nos adversaires tomberont, tous disparaîtront du monde, comme l’a prophétisé Daniel sur la quatrième « ‘haya » : « Jusqu’à ce que la bête soit tuée et que son âme soit perdue ». Alors le mont Sion et Jérusalem se réjouiront, eux qui avaient été appelés désert et terre brûlée, ainsi qu’il est écrit : « Sion est devenue un désert et Jérusalem une désolation. » Yéchayah a également prophétisé que « Sion et Jérusalem seront effacés. » C’est à propos de la catastrophe d’Aram qu’il est dit : « Que le désert et le sol brûlé se réjouissent ! Que la plaine aride exulte et fleurisse comme la rose ! »
Le pouvoir qu’ont les hakafot de faire tomber les barrières se ma-nifeste aussi dans la prière instituée par le ‘Hida et que l’on dit avant de commencer les hakafot : « Puisse la volonté de D. être que par la puissance de ces hakafot, toutes les barrières infranchissables qui nous séparent de notre Père du Ciel tombent. »


